Comment soutenir une personne endeuillée par le suicide


Il est important que les membres d’une famille, les amis et le reste de la collectivité soutiennent les gens tout au long d’un processus de deuil. Voici quelques suggestions pour aider les endeuillés :

  • Respectez le rythme et la durée du deuil de la personne. C’est un voyage éprouvant. Encouragez-la à faire des choix qui sont bons pour elle.
  • Écoutez-la, soyez compatissant, et faites preuve de compréhension et de patience. Offrez-lui d’effectuer des tâches ou des travaux ménagers.
  • Rassurez-la sur le fait que ce qu’elle ressent est tout à fait normal.
  • Déterminez l’aide offerte dans sa collectivité à la suite d’un suicide.
  • Communiquez régulièrement avec la personne.
  • Effectuez des recherches sur l’impact d’une perte d’un être cher par suicide; cela vous aidera à offrir du soutien sain aux endeuillés.
  • Soyez courageux : allez voir les personnes dont un être cher s’est suicidé. Rappelez-leur que vous le savez. Demandez-leur comment ils se sentent vraiment. C’est important, même si un certain temps s’est écoulé depuis le décès.

Enfants et adolescents endeuillés

Chez les enfants, un deuil se fait par « jets »; leur cycle se déroule rapidement et peut n’être visible que quelques minutes à la fois. Ils peuvent donc être affectés un moment, puis retrouver toute leur bonne humeur peu après. Les enfants réagissent généralement de façon plus physique, avec des sursauts d’énergie.

La réaction d’un enfant vis-à-vis de la mort dépend grandement de son âge et de sa personnalité. En outre, le fait d’avoir déjà perdu quelqu’un peut aussi jouer un rôle dans sa compréhension de ce qui vient de se passer. Les jeunes enfants (5 ans et moins) ont des processus de réflexion plus concrets et ne comprendront probablement la permanence de la mort que lorsqu’ils seront plus vieux.

C’est par leur comportement que les enfants expriment leur peine. Certains deviendront plus expressifs, d’autres se renferment. Ils pourront également développer une certaine inquiétude au moment de s’attacher, craignant que quelque chose de mauvais se produise alors. Il est normal de constater des régressions chez les enfants qui vivent un deuil (p. ex., des crises chez les enfants qui ont passé depuis longtemps la « terrible étape des deux ans »).

Le deuil des enfants ou des adolescents à la suite d’un suicide 

Tenter de s’y retrouver après un suicide est extrêmement complexe, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est comme tenter désespérément de dénouer une pelote de laine tout emmêlée : dès que l’on tire sur un bout de laine, un autre se resserre.

Cette démarche peut être particulièrement difficile et terrifiante pour les enfants et les adolescents, qui n’ont pas encore les capacités intellectuelles, les mécanismes d’adaptation et l’expérience de vie nécessaires pour les aider dans ce processus.

Une des choses les plus utiles pour un enfant ou un adolescent dans une telle situation est la présence d’adultes faisant preuve de sollicitude et de compassion, et capables de les écouter sans les juger. Des adultes qui leur permettront d’exprimer leur peine comme ils le souhaitent, et non comme les autres croient qu’ils devraient le faire. Les adolescents vous diront que l’on ne doit pas dire « il faut ».

La recherche a démontré que le deuil chez un enfant ou un adolescent peut être intériorisé, en cas de traumatisme. La réaction au traumatisme peut être encore plus prononcée si l’enfant a été témoin du suicide, s’il a découvert le corps ou s’il a vu le personnel d’urgence travailler sur la scène du décès. Jusqu’à ce que le décès soit classé comme un suicide, les policiers partent du principe qu’il peut s’agir d’un homicide. Cela étant déjà terrifiant pour les adultes, on peut facilement saisir l’incompréhension et la peur qu’un enfant ou un adolescent peut alors ressentir.

Informer les enfants d’un décès par suicide

Une des décisions les plus difficiles qu’un adulte doit prendre est ce qu’il doit dire à un enfant au sujet d’un décès par suicide qui vient de se produire. Discuter de la mort avec un enfant peut être un exercice déchirant en soi, même lorsqu’on n’a pas à expliquer ce qu’est un suicide.

Trouver un moyen d’expliquer la cause du décès qui soit approprié à l’âge de l’enfant est ce que la plupart des experts recommandent : il est inutile d’entrer dans les détails, mais important de parler en des termes généraux que l’enfant comprendra. Bien que cela soit difficile, faire preuve d’honnêteté est nécessaire pour deux grandes raisons. Les enfants s’épanouissent lorsqu’ils grandissent dans un environnement où ils peuvent faire confiance aux adultes avec lesquels ils interagissent. Le fait de cacher à un enfant la véritable nature du décès peut avoir des conséquences durables. La plupart des enfants étant très intuitifs, ils sentiront l’écart entre ce qu’on leur a raconté et ce qui s’est vraiment passé. Cela pourra alors les déstabiliser davantage dans une situation déjà instable. Un enfant à qui l’on ne parle pas du suicide et qui l’apprend ultérieurement connaîtra un « deuxième deuil ». Il retournera dans le passé et vivra encore une fois sa peine, avec une nouvelle façon de voir le défunt et les personnes de son entourage qui ne lui ont pas dit la vérité.

Malheureusement, plusieurs enfants qui ont perdu un être cher  se sont taquinés et même sérieusement intimidés. Lorsqu’il s’agit d’un décès par suicide, les enfants aussi, subissent la stigmatisation de la cause de décès. Certains parents peuvent éloigner leurs enfants de l’enfant endeuillé. Les enseignants aussi, alors qu’ils sont si importants dans la vie de l’enfant, peuvent avoir des réactions négatives. Ainsi, l’enfant peut être encore plus marginalisé et laissé pour compte, sans la communauté de soutien, à un moment où cela serait pourtant essentiel. Il est important d’apprendre à l’enfant endeuillé comment réagir si une situation d’intimidation se présente.

Typiquement, un enfant fera face à ses émotions face au décès par le jeu et l’art.  Il peut être utile de lui donner accès à différentes possibilités de passer à travers leur deuil. Les enfants s’expriment souvent physiquement dans leur deuil ; leur permettre d’être actif peut donc être salutaire.  Plusieurs parents ou gardiens peuvent trouver cela difficile puisque les adultes tendent à subir une perte d’énergie alors que les enfants deviennent plus énergiques. Dans ce contexte, il peut être utile de trouver un adulte ou un adolescent de confiance pour jouer le rôle de « camarade de jeu » pour l’enfant.

Un enfant peut aussi exprimer un désir de mourir; ce qui peut être très inquiétant pour les adultes. Très souvent, ce que l’enfant exprime en fait, c’est le désir de revoir l’Être cher, d’être ensembles ; ce qui ne veut pas dire qu’il veulent vraiment mourir. Tel que mentionné, les jeunes enfants ne comprennent pas tout à fait la notion de « permanence » de la mort.  Évidemment, si l’enfant agit d’une manière qui indique quelque chose de plus qu’un désir passager de retrouver l’Être cher, une intervention médicale est nécessaire.

Arrivera un moment où l’enfant tentera de réorganiser sa vie en réponse aux changements familiaux; ce qui pourrait se voir principalement à travers ses jeux. Les problèmes de contrôle apparaissent souvent en réponse à leur manque de contrôle sur la mort. Il est important de donner à l’enfant le plus de contrôle possible sur leur vie et ce, en fonction de ce qui est raisonnable pour leur âge.

Selon notre expérience, les enfants cherchent à trouver un sens à la mort en cherchant à en comprendre les causes. Cettre recherche crée souvent des réflexions déformées de leur rôle menant au suicide. De telles réflexions peuvent ressembler à : « si j’avais été une bonne fille / un bon garçon, maman ne serait pas morte » ou « papa est mort parce que je n’ai pas voulu aller au cinéma avec lui, etc.  Plusieurs enfants, comme les adultes, se sentent coupables de choses qu’ils ont faites ou n’ont pas faites, de choses qu’ils ont dites ou n’ont pas dites.

Au fur et à mesure que l’enfant chemine dans son développement, sa compréhension de la mort se transformera et il revivra le deuil à un autre niveau, donnant l’impression de revivre le deuil depuis le début, alors que l’impact de la perte se fera plus profond et à plusieurs niveaux. 

Une perte par suicide peut avoir un impact à de multiples niveaux. Les performances académiques peuvent être affectées, les comportements peuvent changer, les problèmes psychosomatiques peuvent se manifester, l’implication sociale pour changer.  Il est important de se rappeler que le développement de l’enfant, le deuil de l’enfant et vivre un traumatisme arrivent tous au même moment, dans une relation complexe, où chaque aspect a un impact sur les autres.

Les adolescents endeuillés

En plus de différents facteurs énumérés ci-haut, le deuil pour les adolescents ajoutent un élément de complexité en raison de leur stade de développement. Les adolescents veulent s’intégrer à leur pairs, c’est de cette façon qu’ils développent leur identité personnelle. Toutefois, lorsque la mort les touche directement, ils sont instantanément différents de leurs pairs. Lors de la mort d’un pair (compagnon de classe ou ami), cela confronte les adolescents à leur propre mort alors que d’un point de vue développemental, ils se sentent encore invincibles.

La majorité des adolescents endeuillés expriment un sentiment d’isolement et de solitude qui semblent encore plus envahissant lorsqu’il s’agit de décès par suicide.  L’impact à long terme d’une telle expérience semble être le manque de confiance dans les relations, un sentiment général qu’ils seront abandonnés par ceux auxquels ils s’attacheront. À mesure qu’ils passent à travers l’adolescence,  ils développeront des réactions de deuil similaires aux adultes (ex : diminution de l’énergie).

Souvent, les adolescents gardent et portent un vêtement (ou accessoire) de la personne décédée.  Cela peut inquiéter les adultes mais c’est tout à fait normal.

Les adolescents risquent souvent d’être plus exposés à des éléments déclencheurs dans leur environnement que les enfants. Voir des films, lire des livres à l’école, des activités lors des cours d’arts dramatiques ou même l’utilisation du terme « suicide » pour parler d’un exercice difficile en classe de gym, peut être très difficile à gérer pour ces adolescents. De plus, ils se sentiront encore plus isolés s’ils ne réagissent pas ou n’ont rien dit publiquement.

Aider un adolescent à trouver un moyen d’exprimer son vécu peut être difficile. Avoir la possibilité d’être entouré de jeunes du même âge qui ont vécu une tragédie similaire, peut être particulièrement bénéfiques dans leur processus de guérison.

Survivre au deuil par suicide et les groupes de soutien aux endeuillés par suicide

Pour plus d’informations sur le suicide, le deuil par suicide et les groupes de soutien aux endeuillés, nous vous invitons à consulter les sites suivants :